Le midi, Greg sert des repas occasionnels pour les habitués. « J'aime mieux faire 5 kilomètres de plus pour mes gars, insiste Marcel Lochin, artisan maçon. On vient ici pour la quantité et la qualité. »
Les derniers commerces sont indispensables pour les villages. Afin d'éviter leur disparition, les communes sortent le chéquier. Comme à Beaulieu-sur-Oudon.
Reportage
Lundi midi, au moment de la sortie des classes à Beaulieu-sur-Oudon (500 habitants). Isabelle pousse la porte de l'Épi d'or, prend le journal et commande deux baguettes. « Je passe tous les jours. C'est le point de ralliement de tout le village. On trouve de tout. »
C'est vrai. À un jet de pierre de l'école publique, l'Épi d'Or attire une clientèle familiale la semaine, ouvrière le midi et de jeunes le week-end. Il fait bar, resto rapide, tabac, alimentation, gaz, dépôt de pain, journaux (dont Ouest-France). Et même café-concert et salle d'expo. Qui dit mieux ?
Pas les habitués. Accoudé au bar, casquette sur la tête, Henri commande son « p'tit galopin » de bière. « Je viens ici tous les jours pour bavarder. Et le dimanche pour taper la bellotte et empêcher le patron de fermer... », plaisante-t-il.
Le patron, justement, c'est Greg. Grégory Renou est aux manettes de l'Épi d'or depuis quelques semaines. Mais le propriétaire, c'est la commune. Explication du maire, Hervé Cornée. « C'est notre dernier commerce. On n'imaginait pas la commune sans l'Épi d'or. » Alors quand l'ancien propriétaire cherche un acheteur, le conseil municipal n'hésite pas. Il vote les 120 000 ¤ nécessaires à l'achat.
Nez creux
La municipalité a eu le nez creux. Car dans une commune proche, un commerce a été repris par un privé et transformé en habitation. Résultat : « Ce village a perdu son dernier commerce. Ce sont les élus de cette commune qui nous ont conseillé d'acheter », raconte le maire.
Et avec Greg, la municipalité tient le patron idéal. Cet ancien salarié de supermarché habite à 300 mètres de là et connaît tout le monde. « Je voulais changer d'activité. Quand j'ai su que la mairie cherchait un repreneur, je n'ai pas hésité. »
Surtout que le loyer demandé est modeste (200 ¤ par mois). « La commune ne veut pas faire de bénéfice », insiste le maire. Reste le fonds de commerce que Greg achète pour 30 000 ¤.
Et hop au boulot ! Faut dire que les journées sont longues. Greg ouvre tous les jours de la semaine, dimanche matin compris. « Avant je faisais exactement 36,75 heures. Maintenant, je fais (il essaie de compter) beaucoup plus d'heures... mais c'est moi le patron. »
Mais pas le temps de faire la causette. Voilà neuf chasseurs qui entrent bottes aux pieds. « Patron... huit bières et un jus d'orange. »
Jean-François VALLÉE.
Ouest-France